Commémoration

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Lettre d’information 36/2011 – 21.05.2011
Discours prononcé par Monsieur le Préfet lors de l’hommage à la Résistance liégeoise du 4 mai 2011 au Fort de la Chartreuse.

Madame la Ministre,
Mesdames, Messieurs en vos grades et qualités,
Chers élèves qui nous faites le plaisir d’assister à cette cérémonie,

Je vous remercie tout d’abord de faire de cette commémoration un événement qui implique aussi intimement les jeunes confiés à nos écoles.

C’est là, j’en suis certain, un des vecteurs primordiaux selon lequel nous arriverons à léguer la trace et, plus important encore, les valeurs que portaient les efforts et les sacrifices de la Résistance liégeoise.

C’est la raison de mon intervention, aujourd’hui, en tant que Préfet de l’Athénée royal d’Ans, en tant que Directeur d’un établissement d’enseignement secondaire.

Sur ce site de la Chartreuse où nous nous trouvons subsiste le souvenir de 48 fusillés de la guerre 14-18. Le plus âgé avait 62 ans, les plus jeunes, les frères Collard étaient, du haut de leur vingtaine d’années, à peine plus vieux que les élèves que nous réunissons aujourd’hui.
C’est ici aussi que Dieudonné LAMBRECHT sera exécuté par l’occupant, lui, dont l’œuvre clandestine de Résistance sera reprise par son cousin, Walthère DEWE, en 14-18 puis durant la seconde guerre mondiale qui le verra tomber sous les balles d’un officier allemand.

Si proche de nous, à quelques kilomètres de nos foyers, de nos écoles, le lieu où nous nous trouvons qui fut aussi centre de recrutement de l’Armée Belge, Hôpital de campagne de l’Armée américaine, nous rappelle une des périodes les plus sombres de notre Histoire contemporaine, une époque dramatique qui a mis en évidence toutes les faiblesses qui peuvent frapper un régime démocratique s’il ne prend pas garde à interroger son passé, à l’étudier et à le commémorer pour permettre une analyse intelligente et fructueuse de son présent.

Il suffit en effet de jeter un regard critique sur notre passé pour comprendre que jamais un sentiment de rejet ou d’hostilité à l’égard de l’autre n’a apporté de solutions véritables et durables.

C’est dans cet esprit humaniste que nous devons forger les adultes de demain, un espace où la différence enrichit plus qu’elle ne fait peur, où la liberté de conscience et l’égalité des Hommes s’érigent en principes absolus.

Cet espace, c’est l’Europe d’aujourd’hui, ce sera aussi et encore, je l’espère, la Belgique de demain à l’heure où la crise socio-économique risque d’engendrer une poussée de l’extrême droite partout en Europe et dans cette, hélas trop longue période de latence politique, où, en Belgique même, un nationalisme exacerbé se drape d’une pseudo noblesse démocratique pour engluer le débat politique et prôner de manière éhontée le repli sur soi et le mépris de notre Communauté.

Le refus de la facilité, ce choix difficile et dangereux que nos Résistants n’étaient en rien obligé de faire, ce sacrifice de soi, cet héroïsme, ces traits marquants qui unissent les hommes et les femmes qui donnèrent leur existence aux réseaux belges de la résistance doivent devenir des traits constitutifs des adultes dont nous assurons la formation.

Car les choix à opérer dans l’avenir que nous leur préparons ne seront pas faciles et si, désormais, l’entente européenne semble nous prémunir des conflits armés, il ne fait aucun doute que, comme nous, les adultes du XXIème siècle se devront d’être responsables, lucides et comptables de leurs actes pour ne pas renier profondément les valeurs qui nous animent aujourd’hui.

Pour relever ces défis, l’école ne devra jamais faire triompher la soumission face au respect, elle devra rester un espace où l’on apprend à résister : à résister à la haine, à l’intolérance, à la violence, un lieu où tous apprennent à vivre ensemble.

Nous, enseignants avons un devoir de mémoire et de transmission des valeurs de ces hommes et de ces femmes qui se sont sacrifiés pour nous et ont gagné si tristement le droit d’entrer dans l’histoire et dans nos écoles.

C’est à ce prix que nous pourrons encore espérer construire avec et pour notre jeunesse une Europe meilleure pour tous, une Europe sociale capable de prendre en compte les plus faibles d’entre nous, une Europe de paix, digne de ceux et celles qui sont morts pour elle.

Manuel DONY, Préfet de l’Athénée royal d’Ans, 04/05/11


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Document mis à jour le 21.05.2011